Franchir les dunes

Efficacement et en sécurité

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Jean-Marc Tourreilles | 13 janvier 2011 |  

Franchissement de duneAutant rouler sur les pistes parait simple au débutant, autant le fran­chis­se­ment des dunes peut le remplir d’inquiétude. Quelques conseils peuvent vous aider à aborder la dif­fi­culté avec plus d’efficacité et de sécurité.

Tout d’abord, quelques remarques utiles :

  • Le sable n’est pas toujours mou. Il est même en général plutôt dur au Sahara, mais pas partout. Apprenez à repérer les zones infran­chis­sables avant de vous y aventurer.
  • Le plus important pour franchir est de dégonfler les pneus. En abaissant la pression, vous ava­chis­sez le pneu et celui-ci offre une plus grande surface au sol : le poids de la voiture se répartit donc sur plus de cm2, et les roues s’enfoncent moins.
  • L’élan est la meilleure et la pire des choses : indis­pen­sable pour traverser les zones molles, il devient très dangereux au sommet des dunes, qui servent alors de tremplin.
  • L’obstacle s’attaque toujours de face.

La consis­tance du sable

Le sable est très variable, tant dans sa gra­nu­lo­mé­trie que dans sa consis­tance. Sa couleur peut aussi jouer dans le fran­chis­se­ment, en péna­li­sant plus ou moins la per­cep­tion des reliefs à certaines heures de la journée.

On trouve des varia­tions à l’échelle des ergs, et des varia­tions locales. Les ergs pré­sentent géné­ra­le­ment une certaine unité, per­cep­tible au bout de quelques heures. Les dunes d’un même erg se res­semblent un peu, et petit à petit, la meilleure façon de les franchir vous apparait. Ce qui se trouve derrière une dune commence à être pré­vi­sible, et vous pouvez commencer à faire des hypo­thèses et des anti­ci­pa­tions. Bien sûr, il faut rester prudent et savoir faire une recon­nais­sance à pied de temps en temps, mais au fur et à mesure que vous passez du temps dans un erg, vous percevez mieux ses pièges et sa structure.

A l’échelle locale, vous pouvez vous faire piéger par des zones de sable mou au milieu d’un erg au sable très dur. Il y a typi­que­ment deux zones qui sont souvent molles :
les creux entre des dunes de taille petite ou moyenne,
les sommets, à deux ou trois mètres de la cassure.

Les faces sous le vent, où le sable dégouline du sommet sont, elles, toujours molles, et infran­chis­sables en montée au-delà d’un mètre cinquante ou deux mètres de hauteur.

Si une zone s’avère difficile à traverser, vous pouvez essayer de passer au plus près de la base d’une dune, le sable y est parfois un peu plus dur, tassé par le poids de sable.

Il n’y a cependant pas de règles. Les varia­tions d’aspect peuvent vous aider à prévoir la dureté du sable devant vous, mais sans aucune fiabilité.

La conduite

La première chose à retenir, c’est que le sable n’offre qu’une faible portance, mais surtout aucune cohésion. La puissance n’a qu’un intérêt relatif si vos roues patinent et creusent le sable : vous vous enfoncez encore plus, la résis­tance à l’avancement augmente, vos roues creusent encore plus, et ainsi de suite jusqu’à l’arrêt, posé sur le ventre.

L’élan est donc important. La puissance sert surtout à accélérer vite si votre course d’élan est courte, mais une fois dans le mou, elle vous permettra tout au plus de « sombrer » un peu moins vite. L’analogie avec un bateau peut être faite : pour franchir le sable mou, votre véhicule doit « déjauger », c’est-à-dire se hisser au dessus du fluide, ici du sable, pour limiter son dépla­ce­ment. La résis­tance à l’avancement étant plus faible, vous avez moins besoin de puissance aux roues.

Il y a plusieurs consé­quences logiques de ce manque de consis­tance et de cohésion du terrain sableux.

  • La première, c’est que des pneus dégonflés seront plus mous et épouseront mieux le sable, sans le heurter et détruire exa­gé­ré­ment la fine couche super­fi­cielle un tout petit peu plus dure. Des pneus ballons, gros et mou, comme ceux des quads restent plus en surface que des pneus durs et renforcés taillés pour la caillasse. Des pneus fai­ble­ment sculptés creu­se­ront moins. Des pneus larges, en offrant plus de surface au sol, s’enfonceront moins, mais ils pous­se­ront plus de sable devant eux, ce qui peut annuler l’avantage si le moteur ne suit pas.
  • La seconde consé­quence, c’est que dans le sable, il faut conduire très sou­ple­ment, un peu comme sur le verglas ou dans la boue. Il faut aussi sentir l’adhérence sous ses roues, pour se relancer chaque fois que c’est possible, et relâcher un peu dans les secteurs sans cohésion, sans excès tout de même. Il faut des watts, certes, mais dispensés avec régu­la­rité et souplesse, en restant vigilant à ne pas faire patiner les roues.
  • Le troisième cor­rol­laire, c’est que le poids est un ennemi, puisqu’il enfonce le véhicule dans le sable. De mon expé­rience per­son­nelle, il semble même qu’il y ait un effet de seuil. En faisant descendre un passager, même léger, vous pouvez passer aisément alors que vous avez échoué aupa­ra­vant. Chaque kilo gagné sur votre véhicule réduit donc vos efforts de fran­chis­se­ment.
  • La quatrième consé­quence est que si le sable n’offre pas de motricité, il n’a pas non plus de résis­tance face aux dérives latérales de vos roues. Il est donc très important pour votre sécurité d’attaquer les obstacles bien de face. Sinon, dès la première perte d’adhérence, votre véhicule va glisser et risque de se mettre en travers, donc en dévers. Si vous insistez encore, les roues les plus basses dans la pente, sup­por­tant le plus de poids, vont creuser plus sous elles que celles en haut et votre dévers va atteindre des angles extrêmes. Le risque est alors très important de partir en tonneau. Le déga­ge­ment d’un véhicule parti en travers d’une dune est une opération délicate et dan­ge­reuse (voir l’article suivant) ; il vaut donc mieux éviter de se retrouver dans ce cas de figure.

La technique de franchissement

Le fran­chis­se­ment d’une dune se déroule en 6 phases :

  • Prise d’élan
  • Ascension
  • Arrivée au sommet
  • Observation
  • Bascule
  • Descente

Détaillons-les.

La prise d’élan

On l’a vu plus haut, le sable n’offre qu’une faible motricité. L’élan est donc indis­pen­sable pour franchir les zones les plus pentues, quelle que soit d’ailleurs la hauteur de la dune à partir de deux mètres.

La course d’élan idéal vous permet d’arriver au sommet quasiment sur l’erre. Autant dire que c’est rare, mais les petites dunes autour de Ksar Ghilane (Tunisie), ou dans certains coins de l’Oubari (Libye), et d’une manière général les dunes rondes de 4 à 10 mètres de haut sont d’excellents terrains d’entrainement.

Si le sable est mou, il va falloir envoyer la sauce, mais sans creuser. Si c’est vraiment trop mou, vous ne grimperez pas.

Le but de cette prise d’élan, dans la plupart des cas, n’est pas d’arriver au sommet, mais de vous donner une réserve de vitesse pour attaquer l’ascension pro­pre­ment dite.

L’ascension

Dans les grandes dunes (plus de 100 mètres), l’ascension est longue. Plus vous avez de vitesse initiale, plus vous avez une chance d’arriver au sommet. Heureusement pour nous, les grosses dunes font un tel poids que le sable de la base, et même d’une grande partie du versant, est géné­ra­le­ment dur.

La tran­si­tion entre la prise d’élan et l’ascension est souvent incer­taine. Il y a cependant un moment où vous ne parvenez plus à prendre plus de vitesse. Votre priorité à partir de là est de conserver celle que vous avez le plus longtemps possible, quitte à rétro­gra­der rapi­de­ment, en faisant attention de ne pas louper une vitesse. Avec une boite auto­ma­tique, ce rétro­gra­dage est facilité, puisqu’il est auto­ma­tique, mais une bonne boite manuelle convient très bien à condition d’être rapide.

L’arrivée au sommet

Nous appro­chons du sommet. A une dizaine de mètres de la cassure se trouve géné­ra­le­ment une zone assez molle, qui fait 3 à 7 mètres. Il faut donc conserver sa vitesse jusqu’au bout, et ça, c’est un peu stressant. En principe, mais pas toujours, la voiture va patauger un peu à l’approche du sif (la cassure au sommet), puis vous allez retrouver de la portance et de la motricité.

Le problème est donc délicat : il faut conserver suf­fi­sam­ment d’élan, mais pas trop pour pouvoir s’arrêter au sommet. C’est la phase la plus délicate et la plus dan­ge­reuse du fran­chis­se­ment, et non pas la descente, qui est plus impres­sion­nante mais moins périlleuse.

Vous devez approcher ce sommet de face. Si votre véhicule touche au sommet entre les roues avant et arrière, il suffit de quelques coups de pelles pour le dégager. Mais n’essayez pas de ruser en fran­chis­sant de biais, comme on le fait en tout-terrain par chez nous. Il y a derrière le sommet une grande descente de sable mou dans laquelle votre pouvoir direc­tion­nel est quasi nul, et il est illusoire de redresser la tra­jec­toire dans la descente.

Au sommet, vous passez les roues avant et vous arrêtez votre véhicule en le conser­vant dans un tel équilibre qu’il puisse faire marche arrière, même si vous n’êtes pas le premier à passer. Le véhicule qui vous précède a peut-être un problème qui nécessite de votre part de pouvoir vous arrêter immé­dia­te­ment. Par ailleurs, un meilleur passage existe peut-être ailleurs.

Une position en léger dés­équi­libre avant est la meilleure, l’adhérence se trouvant uni­que­ment sur les roues arrière.

L’observation

Vous êtes en pause au sommet. Vous avez le temps de regarder autour de vous. Non seulement c’est sûrement très beau, mais vous avez surtout une belle vision d’ensemble de la suite, surtout si vous êtes assez haut. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il faut toujours essayer de monter le plus haut possible, et non passer par les cols. D’abord, descendre n’est jamais un problème, ensuite vous voyez loin. Profitez-en pour mémoriser le kilomètre suivant.

Regardez la pente en-dessous de vous. Si elle semble de biais, atendez-vous à ce que votre véhicule parte en crabe. Les petites remontées en bas de descente risquent de vous planter le museau dans le sable. Ce n’est pas toujours facile à voir. Si vous avez un doute, essayez ailleurs, mais au minimum, allez-y mollo, pour ne pas tout casser à l’avant et vous envoyer la figure dans le parebrise. S’il y a des herbes en bas, attendez-vous à ce que de nom­breuses racines fassent de fortes irré­gu­la­ri­tés de terrain et vous secouent comme un cocotier, au risque de vous faire perdre le contrôle de votre véhicule si vous arrivez trop vite.

La bascule

Maintenant, il faut descendre. Vous mettez la première, et vous basculez doucement. la voiture va plonger d’une qua­ran­taine de degrés, ce qui est impres­sion­nant au début. Les roues avant vont s’enfoncer presque jusqu’au moyeu dans un sable très mou. Leur pouvoir direc­tion­nel est presque nul et elle doivent être le plus droit possible dans la pente.

La descente

Ne prenez pas de vitesse. Vous devez pouvoir vous arrêter ins­tan­ta­né­ment. En fait, la voiture seule ne dévalera pas la pente si vous calez le moteur. Vous contrôlez la pro­gres­sion par petits coups d’embrayage, en laissant bien les quatre roues s’enfoncer dans le sable. C’est cet enfouis­se­ment des roues qui vous freine.

Pour contrôler votre vitesse, ne dépassez pas celle de la plaque de sable qui descend avec vous, en coulant comme de l’eau. Soyez persuadé qu’un véhicule qui descend tout shuss finira en tonneau tôt ou tard.

Votre deuxième priorité est de rester dans l’axe de la descente. Si votre véhicule commence à partir en travers, arrêtez-vous, sortez la tête par la fenêtre et tournez les roues vers la descente avant de reprendre encore plus doucement.

Le premier tiers est le plus impres­sion­nant. Vous êtes en haut de l’abîme, et l’angle est le plus important. Rassurez-vous, il n’y a pas de falaises dans le sable et les pentes ne dépassent guère les 35°.

Les deux tiers suivant sont plus dangereux, car on se relâche. Ces deux tiers les plus bas de la descente ont en général un terrain plus dur, et le véhicule peut prendre exa­gé­ré­ment de la vitesse. Méfiez-vous. D’une part, le manque de repères habituels vous fait mal estimer votre vitesse réelle, et d’autre part il y a souvent un sol défoncé en bas des dunes : rides de vents ou barcanes, herbes à chameau, gypse peuvent vous faire sauter à un mauvais moment, car vous êtes encore loin d’être à l’horizontale.

Pour finir, une petite astuce

Il est géné­ra­le­ment admis que le sable est plus dur au petit matin, puis devient plus mou aux heures chaudes. Ce n’est qu’en partie vrai.

En effet, au petit matin, l’humidité ambiante (oui, il y en a) due à la conden­sa­tion durcit un peu le sable.

Mais ce qui change surtout avec la chaleur, c’est la pression inté­rieure de vos pneus. En roulant dans le sable, vous échauffez vos pneus, par frot­te­ment et par contact.

La pression d’air de vos pneus croît, et votre portance diminue. Il faut donc vérifier votre pression d’air plusieurs fois par jour et l’adapter à leur tem­pé­ra­ture réelle. Dégonflez vos pneus en cours de journée, à partir de 10 ou 11 heures du matin, et pensez à remettre un peu de pression dans l’après-midi pour éviter de déjanter ou d’abîmer vos pneumatiques.

Faites aussi attention le matin, au départ, vos pneus sont froids et pro­ba­ble­ment très dégonflés. Alors, pas de coups de gaz violents tant qu’ils n’ont pas tiédi. 

Voir aussi :

  1. Circuler en zone dangereuse
LoneCamp, le site des voyageurs de l'extrême. Photos, Conseils, Récits, Organisations, Boutique.